La contemporaine en Provence
Plus qu’un secteur administratif, la Provence est une enclave historique et culturelle qui s’anime dans le sud-est de la France. Les amateurs évoquent le mode de vie provençal, aux antipodes du mouvement dit contemporain. Pourtant, le genre plébiscité par les médias effectue une réelle percée.
Au sens strict, la Provence, délimitée au sud par la Méditerranée, va de la frontière italienne à la rive gauche du Rhône. La région Provence Alpes Côte d’Azur développe 31.443 km2 et accueille 4.781.000 habitants. Si Marseille est la préfecture, Arles, Aix ou Avignon comptent parmi les capitales historiques. Aujourd’hui largement tourné vers le tertiaire, l’endroit entretient avec l’agriculture une relation passionnelle. Dans le vin, les fruits, les légumes, les fleurs et les plantes, c’est tout un terroir qui s’exprime. Mieux, un art de vivre. L’influence provençale ne s’arrête pas aux frontières de la région et des départements qui la composent, les Alpes-de-Haute-Provence, les Hautes-Alpes, les Alpes-Maritimes, les Bouches-du-Rhône, le Var ou le Vaucluse. En témoigne la Drôme. L’eau constitue un élément incontournable : le Rhône tient la dragée haute à la Durance, la Sorgue, l’Ouvèze, le Calavon, le Verdon ou la Roya. Le climat demeure essentiellement méditerranéen. Les villages perchés médiévaux, tels que Séguret, Ménerbes et Gordes, regardent les vallées fertiles et peu densément construites. Les maisons sont en hauteur, à terre, à cour ou à tours. Les bories succèdent aux troglodytes, aux chaumières, aux mas, voire aux cabanons. Dans ce paysage, quelle place pour le contemporain ?
« Du côté de Valence, la mouvance fait son chemin sur le segment individuel comme collectif d’ailleurs. On parle fréquemment de maisons d’architecte par opposition aux bâtisses traditionnelles », introduit Cyrille Auzout d’Art et Habitat. Le fameux mural vitré et le très significatif toit-terrasse se multiplient à condition d’éviter les communes classées, à l’instar de Mirmande. Les autochtones osent les incursions du moderne dans l’architecture et la décoration, se montrant a contrario plus réfractaires quant au traitement trop stylé des jardins. En dépit de coûts de construction plus bas eu égard au simple examen du ratio au mètre carré, le budget global s’envole au même rythme que les surfaces et les volumes. Il faut, par exemple, tabler sur 875.000 € contre 300 m2 habitables sur une parcelle de 3300 m2 située à Montéléger, en campagne, à 10 mn au sud de la capitale drômoise. Une autre unité de 280 m2 sur 1300 m2 dans le centre valentinois, affichée à 630.000 €, jouit d’une circulation d’esprit loft avec spa et piscine intérieure. L’acquéreur type a entre 40 et 50 ans et bénéficie d’une situation professionnelle confortable. Un compromis de bois et de pierre conçu commence à poindre.



Stéphanie et Jean-Marc Goubert de G Immobilier de Prestige rayonne d’Orange à la Côte d’Azur, en passant par le Comtat Venaissin, les Alpilles et le Luberon. Les professionnels visent la gamme à partir de 650.000 €. L’architecture contemporaine a plus de mal à s’imposer que la décoration. Les règles d’urbanisme se montrent souvent peu permissives en la matière. Rares sont les puristes. Beaucoup se tournent vers les réalisations inspirées du style de l’architecte Maurice Sauzet, harmonieux dialogue entre le béton et la nature largement inspiré de philosophie japonaise. Ils acceptent la tuile en toiture et les teintes ocres chères à la Provence qui leur concède les jardins intérieurs d’obédience zen. Pour la déco, l’approche est différente. Il y a une dimension plus volatile, moins immuable. Les Hexagonaux se révèlent friands, contrairement aux étrangers, séduits par l’authenticité rustique, portée en label. Récemment, une Américaine, pourvue d’une enveloppe de 1 M €, missionne l’agence pour lui trouver un bien du côté de Venasque, L’Isle-sur-la-Sorgue ou de Pernes-les-Fontaines. Les critères de sélection sont clairement énoncés : pas de PVC et d’aluminium, du bois, des poutres apparentes et une cuisine provençale. Sur dix ventes, quatre sont, cependant, concernées par la contemporanéité.
Olivier Valancogne de Valancogne & Partners, présent dans les Alpilles, le Luberon et le Gard, rejoint ses confrères sur la difficulté pour l’architecture de faire valoir, auprès des autorités responsables de l’urbanisme, son toit plat, aménagé et arboré. Rien qu’à Gordes, l’une des localités les plus sévères, l’emploi de la pierre de taille est obligatoire. La plus grande avancée tient aux ouvertures, jadis plus hautes que larges. Preuve que la règle finit par s’adapter à la demande. Si on accepte l’interpénétration intérieur/ extérieur, le design débridé n’a plus droit de cité en déco. Là où l’on épurait à tout crin encore en 2007, on réchauffe aujourd’hui. Le contemporain ne serait-il qu’un effet de mode en Provence ? En tout cas, après avoir connu des débuts remarquables, il mise, désormais, sur la subtilité et tolère le mélange. En revanche, le succès est encore retentissant dans le traitement des volumes, des perspectives, de la hauteur sous plafond et de la circulation. Au nombre des dernières ventes de Valancogne, figure une contemporaine de 300 m2 sur 1 ha de terrain dans le nord des Alpilles, partie à un peu plus de 3 M €.